Actualité Actualité
La Parole aux auteurs – Jean-Louis Meylan
18 septembre 2016
0

Notre coup de cœur du mois de septembre est Jean-Louis Meylan. Son ouvrage La Formation des artistes et ses enjeux a pour thématique le développement de l’enseignement artistique à Genève. Nous vous proposons de découvrir en exclusivité son interview !

  • ● Le principal trait de mon caractère ?

Je suis intuitif. J’aime deviner les choses plus que les expliquer.

  • ● Mon principal défaut ?

Ma trop grande émotivité. J’ai tendance trop rapidement à réagir lors de conflits interpersonnels et ne me donne pas suffisamment le temps de la réflexion.

  • ● La qualité que je préfère chez un homme / une femme ?

L’honnêteté vis-à-vis de soi-même.  La personne a toutes les qualités quand elle possède celle-ci.

  • ● Mon mot préféré ?

Le mot « poétique » est celui que je préfère. Il est très déprécié par nos sociétés contemporaines. Aujourd’hui « l’équivocité » des mots, les figures de style, la beauté du langage, en fait tout ce qui n’entre pas dans une catégorie rationnelle apparaît comme dangereux. Pourtant les philosophes grecs présocratiques avaient compris la force du poétique pour décrire le monde et pour exprimer une vérité. Souvent on considère leur cosmologie comme naïve et on en reste là. C’est faire trop peu de cas de leur intuition.  Bachelard, Heidegger, Fink, et bien d’autres philosophes ont su puiser dans la poésie philosophique pour nourrir leur pensée. Les auteurs de la Genèse et des psaumes, Platon, Saint Augustin, Érasme, et bien d’autres sont de grands poètes.

  • ● Un mot que je déteste ?

Je déteste le mot « rigide ». Il est grinçant. Plus une structure est rigide et plus elle déshumanise. Quand les acteurs sont dominés par celle-ci elle finit toujours par devenir un système totalitaire comme on n’a pu le connaître durant la Deuxième Guerre mondiale. Les politiques sociales et les gouvernements paradoxalement se fragilisent par trop de rigidité. Confucius si je me souviens bien disait : « La Vertu du prince est comme le vent ; celle du peuple est comme l’herbe. Au souffle du vent, l’herbe se courbe toujours ». Cet aphorisme indique deux choses : la première est que ni la bureaucratie ni la technocratie par elles-mêmes, qui sont par essence impersonnelles, ne pourront contribuer au bien-être de nos sociétés. Deuxièmement nous devons accepter les limites imposées par notre finitude. C’est justement quand une société reconnait sa propre fragilité et ses incohérences et qu’elles arrivent à les conjuguer avec son désir d’ordre qu’elle peut donner une place au sujet. Elle préservera ainsi ce qui fait la valeur de la personne humaine.

  • ● Ma drogue favorite ?

Un café associé à une table en bois, de préférence. Je suis un addictif au café du matin.

  • ● Ce que j’apprécie le plus chez mes amis ?

Leur authenticité. On sait à qui on a affaire dans ce cas. Les conseils deviennent de véritables leviers quand ils sont prodigués dans la vérité.

  • ● L’homme ou la femme que je choisirai pour illustrer un nouveau billet de banque ?

Je choisirai la photographie d’un quidam. On ne mettrait pas de nom sous l’image. À l’instar du soldat inconnu, ce serait une manière de faire l’éloge du citoyen anonyme, de tous ceux qui travaillent dans l’ombre, qui dans leur quotidien font des exploits ignorés bien souvent par les amis les plus proches.

  • ● Le métier que je n’aurais pas aimé faire ?

Comptable.

  • ● Ce que je voudrais être ?

Mon désir est d’arriver à être ce que je suis et ne rien vouloir d’autre.

  • ● Mes auteurs favoris ?

Mes affinités du moment m’ont rapproché de quelques penseurs en particulier. J’en retiendrais quatre. J’ai redécouvert Edgar Morin. J’aime sa manière d’aborder la société et l’homme, et surtout sa façon de dépeindre la complexité humaine et sociale. Son écriture reste simple tout en abordant des questions très profondes et difficiles. Je trouve dommage qu’il n’ait pas été jusqu’au bout de son agnosticisme. Ceci malgré quelques phrases assassines et matérialistes qui me laissent pantois. Dernièrement Merleau-Ponty m’a permis de sortir d’une ornière : celle de croire que voir n’était qu’une affaire psychophysiologique, car la vision a son imaginaire. Et évoquer ce domaine c’est nécessairement entrer dans le problème de l’interprétation. C’est pourquoi le troisième auteur qui m’est proche actuellement est Paul Ricoeur.  Envers et contre tout je reste un inconditionnel d’Augustin. Il me fait parfois pleurer.

  • ● Mes héros favoris dans la fiction ?

Spiderman. Le côté décalé du personnage est plaisant.

  • ● Mes héroïnes favorites dans la fiction ?

Mary Poppins.

  • ● Mes héros dans la vie réelle ?

Jusqu’à maintenant j’ai toujours rattaché l’héroïsme à des figures témoin de l’horreur nazie. Je ne peux pas ne pas penser à des personnalités comme Primo Levy, Victor Frankl, Etty Hillesum, Corrie Ten Boom, et tous les autres qui ne peuvent être nommés ici. Ce sont des phares. Ils éclairent notre histoire par leur témoignage. Leur manière d’avoir mis en mots leurs expériences manifeste un dualisme troublant. Durant cette période de l’histoire, l’humanité a manifesté à la fois la pire barbarie, et pourtant, au cœur de cette obscurité un lumignon signale que le bien est indestructible.

  • ● Ce que je déteste par-dessus tout ?

L’intolérance nourrie d’un narcissisme primaire. Celui qui croit tout savoir m’exaspère.

  • ● Mon état d’esprit actuel ?

La confiance. Car je crois que le meilleur est devant moi. Ma finitude me rapproche de Dieu.

  • ● Fautes qui m’inspirent le plus d’indulgence ?

Les fautes d’orthographes et de grammaires. Quand je corrige les travaux des étudiants qui parfois ne sont pas de langue maternelle française, il m’arrive de compter deux « fautes » par mot. Tant que j’arrive à lire je m’astreins à comprendre le contenu du travail.

  • ● Ma devise ?

« Aime, et ce que tu veux, fais-le » cette devise de Saint Augustin résume ce que je crois.

  • ● Avez-vous toujours eu envie d’écrire ce type d’ouvrage ?

Oui, je portais cela en moi. C’était peut-être une manière de comprendre une période de mon histoire.

  • ● D’où vous est venue l’envie d’écrire sur ce sujet ?

Mon envie d’écrire sur la formation des artistes vient de mon expérience à l’École des beaux-arts. En voyant l’évolution de l’art contemporain dans les années 80’ je me suis toujours demandé si cela avait du sens d’apprendre à peindre alors que de nombreux artistes posaient des actes en continuité avec les théories de Duchamp dans une perspective interdisciplinaire. Suite à mes études universitaires, je me suis intéressé aux formes institutionnelles que pouvaient prendre les écoles d’art. Pour exister, celles-ci doivent établir des frontières. C’est leur raison d’être. Mais en même temps elles doivent faire preuve d’une ouverture parfois extrême. Et ce mouvement entre censure, clôture et décloisonnement m’apparaissait comme un fil conducteur fondamental pour ma thèse. Cette problématique est toujours actuelle, car les genres, les styles, les approches esthétiques se recoupent se superposent, favorisant une créativité sociale passionnante. En même temps les repères sont plus difficiles à établir et parfois ce qui devrait favoriser un foisonnement créateur produit au contraire une confusion inextricable et une perte de sens. Pour les écoles d’art, c’est un défi passionnant.

 Pour commander l’ouvrage de Jean-Louis Meylan, cliquez ici !

 

Connexion

Fermer